mercredi 16 septembre 2009

La bouteille d’eau biodégradable : un leurre environnemental?

Les bouteilles d’eau biodégradables envahissent le marché. L’organisation de « Miss America » en fait même la promotion:

"We are excited to partner with an innovative and exciting new company, Nature's Bottles(TM), to promote one of the most important and socially relevant causes that face our future generations," said Art McMaster, President and CEO of the Miss America Organization.

Voilà une belle façon de s’acheter rapidement et à moindre frais une belle conscience environnementale, mais qui a aussi peu de valeur que ces bouteilles sont un leurre environnemental. Bref un autre exemple concret de Greenwashing.

1- Gestion de fin de vie des bouteilles biodégradables ?

Les bouteilles qui sont déviés de la voie du compostage risquent de causer plus d’impacts nocifs sur l’environnement ainsi que des dommages au sein de l’industrie de recyclage. En effet, la dégradation d’un bioplastique dans un site d’enfouissement génère du méthane, un des principaux gaz à effet de serre, dont le pouvoir réchauffant est environ 23 fois supérieur à celui du CO2. De même, les bouteilles biodégradables qui finissent dans un bac de recyclage risquent de contaminer la chaîne de recyclage, si l’on ne peut les différencier des pétro-plastiques.

Même si, chaque jour, 60 millions de bouteilles faites à partir de pétrole finissent dans les sites d’enfouissement, ce n’est pas en soit une catastrophe écologique. Le pétro-plastique est inerte contrairement au bioplastique, qui est susceptible de se dégrader en produisant du méthane.

L’argumentaire semble jouer sur l’idée implicite, mais erronée, que ces bioplastiques, de part leur nature, vont « s’auto-détruire » et disparaître, libérant de l’espace dans les sites d’enfouissement. Or théoriquement, l’enfouissement n'a pas pour but de décomposer les déchets.

Et même si c’était le cas, « l’espace libéré » ne serait probablement pas suffisant pour qu’il y ait un intérêt à ce que des plastiques biodégradables se retrouvent dans ces sites. D’après l’EPIC, la plupart des gens croient que les plastiques constituent la majorité des matières résiduelles solides. C’est totalement faux. Les études ont démontré que les plastiques représentent environ 9 % des matières résiduelles solides relativement au poids et entre 14 et 20 % du volume total. De plus, rappelons-le, le problème majeur des sites d’enfouissement est posé par les matières putrescibles.

3- Encourager la culture de l’abandon ?

Encourager ce type de produit va totalement à l’encontre de ce qu’il faut professer en matière de gestion des matières résiduelles : réduction à la source, réutilisation et recyclage. En déresponsabilisant les consommateurs et les distributeurs, on envoie des messages erronés, laissant croire que le produit va « magiquement » disparaître.

Conclusions
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La promotion des articles et produits compostables doit impérativement s’accompagner du développement et de la généralisation d’infrastructures adéquates permettant le compostage.

Encore une fois beaucoup de compagnies nous font miroiter l’aspect vert de leur produits sans avoir pris la peine d’aborder la question du cycle de vie du produit : toutes les actions intermédiaires, de l’extraction des matières premières jusqu’aux hypothèses de fin de vie.

Il s’avère impératif de mieux informer les consommateurs pour qu’ils comprennent quelle est la véritable valeur ajoutée environnementale de ces produits. Il ne faudrait pas qu’ils leur attribuent des vertus miraculeuses qui les déresponsabiliseraient d’une gestion plus éco-responsable des matières résiduelles commençant par une réduction à la source.

En conclusion, le consommateur et le fournisseur pensent faire un geste éco-responsable, mais ce soit disant « virage vert » s’avère coûteux et contre-productif sur le plan environnemental.
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7 commentaires:

Bio-Polym Blog a dit…

Au delà de considérations de greewahing, la bouteille d'eau en PLA (ne pas confondre avec la PlantBottle de Coca-Cola qui est a base d’un diol bio-sourcé) génère un petit vent de panique pour une filière qui (en France, notamment) est bien organisée. En effet le PET est bien recyclé. Il est soit refondu (valorisation matière), ou soit "destructuré" et repolymérisé comme le fait un grand du domaine et ajouté à plus de 50% à du PET vierge pour faire de nouvelles bouteilles sans couches fonctionnelles. On sait très bien qu'une bouteille PLA au milieu de 1000 en PET génère une pollution totale du lot de PET correspondant. Ceci est dû à des réactions entre PLA et PET qui a pour effet de dégrader le PET. C'est la raison pour laquelle les autorités ne sont pas pressées de voir débarquer les bouteilles en PLA (mais ce n’est pas facile à communiquer vers le grand public). On peut bien sûr essayer de séparer les 2 polyesters mais les filières ne sont pas prêtes pour cela (car cela demanderait beaucoup d'equipemment même si les producteurs de PLA poussent dans ce sens).
C'est la raison pour laquelle je n'ai fait aucun post dans mon blog sur la bouteille française du printemps, (Vegetal Mineral Water ...) bouteille en PLA, car d'une part ce n'est pas la première bouteille en PLA comme cela a té dit et écrit (il existe deux productions commercialisés au moins dans le monde et depuis pas mal de temps, que je ne citerai pas) et d'autre part, elle a été développé pour des actions de communication événementielle et non pour le grand public. Aussi elle ne se retrouvera pas dans une filière de recyclage avec d’autres bouteilles (en PET). Ouf !
Ceci n’a pas empêché des centaines de billets dans des blogs, des émissions radio et télé sur la « bouteille verte biodégradadable ».
Voila c’est dit !
:-)
A+

PS : Ne compte pas sur moi pour commenter tous tes billets !
;-)

PakBec a dit…

@Biopol: Merci pour le passage.

excellent commentaire qui apporte un éclairage trés intéressant sur la problématique du PLA et du recyclage des PET.

Quand tu es inspiré n'hésite pas à commenter, c'est enrichissant pour la discussion.

EL PLA a dit…

Un peu de sérieux quand même, une étude demandée, payée et probablement faite par la ''Canadian Plastics Industry Association'' dit que le bioplastique, qui veut un part de son marché, n'est pas vert. Soyons dupes, accrochons-nous tous une poignée dans le dos.
Il existe déjà une multitude de sigles au sein même des pétro-plastiques qui les distingues des recyclable et des non-réutilisables, alors pourquoi pas un de plus qui dira ceux-ci vont au compostage? Les villes au Québec investissent de plus en plus dans la captation des gaz de la putréfaction des matières résiduelles pour les reconvertir en énergie, pourquoi arrêter ces progrès et ces investissements? Des villes au Québec font même la collecte des matières dites ''brunes'' pour le compostage et la tendance va vers une augmentation de ces sites spécialisés. Les projets et les infrastructures pendent au bout de notre nez collectif sans que l'on veuille s'en rendre compte. Ne laissons pas la mauvaise foie des multinationales du pétrole nous flouer avec de la poudre ''de pétroplastique'' au yeux.

Anonyme a dit…

Des tests menés aux Etats-Unis ont permis de valider une technique basée sur l’infrarouge de séparation des bouteilles en PET de celles en PLA.
Résultat : 93% des produits PLA insérés dans le lot en ont été écartés.

Anonyme a dit…

I am not writing very well in French, but:

1- PLA cannot degrade in landfill, exactly as PET.

2- PLA can be recycled (but at the present moment there is no recycling in place, but as soon as the volume of PLA will be present in the market, there will be investment for the recycling- estimation 30,000 tons per area of recovery).

3- when the price of barrel is going to reach USD 80, PLA will be cost competitive with PET. This means that producers and bottlers will graduatly switch to PLA anyway for bottling non-carbonated drinks.

4- the "beaucoup d'equipment" for separation is not correct, there is a need of one more conveyor belt and correspondent baskets.

5- PLA is having a better carbon and water footprint than PET and recycled PET.

Radek B.

Antoine a dit…

Bonjour,

Je ne tiens pas à commenter l'intérêt de cette bouteille en PLA en particulier.

Par contre je trouve certains jugements un peu sévères sur les industriels qui sortent un emballage compostable:
En gros, on les critique parce qu'ils sortent un emballage compostable alors qu'il n'y a pas encore de fillières de tri en place pour ce type de déchets. Par contre dans le même temps, l'état (quelque soit le pays) ne met pas en place de fillières de tri car il n'y a pas suffisamment d'emballage de ce type .... Bref, on n'en finira jamais, c'est ce qu'on appelle un cercle vicieux.

Il faut bien que quelqu'un s'y mette un jour, pour passer d'un cercle vicieux à un cercle vertueux, ne pensez-vous pas ? Ce n'est quand même pas à un industriel de mettre en place une fillière de tri et les sites de compostage qui vont avec ?

Concernant l'intérêt du recylage, il est évident. Mais entendre dire les recycleurs raconter à longueur de communiqué que les emballages compostables n'ont aucun intérêt qu'ils vont polluer leures fillières, cela commence vraiment à être fatiguant. On se trouve toujours en présence de l'éternel immobilisme dont a toujours fait preuve la fillière de la plasturgie en général "surtout, n'essayons surtout de changer nos petites habitudes et continuons à critiquer tout ce qui peut être susceptible de nous faire perdre de l'argent", c'est réellement navrant.

Il n'y a pas une solution mais plusieurs solutions pour la fin de vie des déchets plastiques et le compostage en fait partie, tout comme le recyclage, la dépolymérisation, l'enfouissement, l'incinération. Simplement, ces différentes possibilités sont plus ou moins adaptées à certains types d'applications.

De la même manière, les sources de matière première, fossiles ou renouvelables sont à choisir intelligemment en fonction de l'application. Il y a de la place et un intérêt pour tous: Compostable, biodégradable, oxo mais il faut choisir le bon plastique pour la bonne application.

On crève aujourd'hui de n'avoir utilisé qu'une seule source d'énergie pendant tout un siècle et aujourd'hui on continue à refaire la même erreur: on continue à plaider pour le "Une seule solution pour tout", ça en devient ridicule de voir à quel point on aime aller droit dans le mur.

Félicitations pour votre blog qui est très intéressant

Bio-Polym Blog a dit…

Je vous invite notamment à lire des billets publiés précédemment dans mon blog Bio-POlym Blog http://biopol.free.fr/ pour trouver la réponse aux interogations qui apparaissent dans vos commentaires sur le tri PLA/PET, l'état de l'art du marché actuel ... Des sujets traités plusieurs fois dans le blog(souvent en anglais).
I invite you to read some previous posts published in Bio-Polym blog http://biopol.free.fr to find the answer to your interesting questions.
Best regards,